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Quand l'ouverture devient une force !

 

Quand l’ouverture devient une force

 

Un parcours d’artistes comme source de renouveau économique…

 

 

La plupart des parcours d’artistes présentent une ville à ses propres habitants tandis que d’autres racontent quelque chose de plus vaste : une manière de concevoir la création, une manière d'habiter un territoire et, certainement, une certaine vision de l'avenir.

Quelques mots attirent immédiatement mon attention : « Artistes et artisans de …..  et d'ailleurs ».

Ces trois mots  « et », « d’ », « ailleurs », pourraient n'être qu'une formule si l'on ne connaissait l'histoire de l'AAMA, imaginée et crée en 1984.

L’AAMA est une asbl « Artistes et Artisans de Malmedy et d’ailleurs » menée de main de maître par une équipe dynamique et sympathique.

Accueillir des artistes et des artisans venus d'ailleurs n'est pas pour cette association, une tendance récente. C'est une ouverture qui s'inscrit depuis bientôt quarante ans.

Cette durée change le regard que l'on peut porter sur les actions de l'AAMA.  En effet, l’association a acquis de l'expérience, construit des pratiques, développé une manière d'organiser et de promouvoir les événements artistiques, appris à faire travailler ensemble des acteurs différents issus de mondes variés.

Ce que l'on pourrait qualifier aujourd'hui d'ouverture ou d'innovation est en réalité le fruit d'une longue maturité. Et cet achèvement mérite que l’on s’y attarde.

 

Une ville suffisamment sûre d'elle-même pour accueillir l'ailleurs

Accueillir quelqu'un venu d'ailleurs n'est pas un geste anodin. C'est accepter qu'un «étranger» entre dans son territoire avec ce qu’il apporte de lui : un autre regard, cheminement, d’autres techniques et sensibilités, une autre histoire, manière de regarder le monde et de le vivre.

Une ville peut choisir de protéger son identité en se refermant. Mais, elle peut aussi considérer que son identité est suffisamment forte pour pouvoir accueillir d'autres regards sans se sentir menacée.

C'est cette seconde voie qui semble particulièrement intéressante dans le fonctionnement de l'AAMA.

Les artistes venus d'ailleurs ne remplacent aucunement les artistes malmédiens. Au contraire, ils vont à leur rencontre.

Cette distinction est essentielle.

L’identité locale de Malmedy n'est pas une frontière, elle est un geste de rencontres.

Une ville qui choisit qui et ce qu'elle est peut accueillir est une population sans crainte.

Elle peut même enrichir et découvrir sa propre identité à travers le regard de celles et ceux qui la découvrent.

C'est peut-être l'une des formes les plus intéressantes de maturité culturelle.

 

Quarante – deux années ne sont plus une période d’expérimentation !

L'AAMA existe depuis 1984 !

Plus de quarante années d'existence donnent une profondeur particulière à ses actions. Il serait facile de parler de nouveauté, d'innovation ou d'expérimentation, mais Malmedy a dépassé tout cela.

Une association qui, pendant plusieurs décennies, organise, promeut et fait évoluer des événements artistiques a accumulé de nombreux savoirs, comme :

  • Elle connaît les artistes, les publics, les lieux.
  • Elle sait mobiliser des acteurs différents.
  • Elle sait faire circuler l'information.
  • Elle sait construire un événement.
  • Elle sait surtout créer les bonnes conditions de rencontres.

La maturité signifie la prise de risques, l’action.

Elle peut être ce qui permet à une organisation de continuer à évoluer sans perdre le sens de ce qu'elle fait.

Et c'est là que l'idée d'avant-garde peut prendre un sens particulier.

Être avant-gardiste dans ce cas indique que Malmedy a compris suffisamment tôt qu'une manière différente de penser un territoire deviendrait, avec le temps, particulièrement pertinente.

 

L'art ne reste pas entre quatre murs

La manière dont la création investit la ville frappe également lors du parcours artistique organisé à Malmedy (Belgique) par l’AAMA, les 10 et 11 octobre 2026.

Églises, chapelles, commerces, entreprises, maisons de particuliers et autres lieux deviennent, le temps du parcours, des espaces de rencontres avec l'art.

Un commerce devient aussi un lieu artistique, une maison un lieu d'exposition. Une entreprise participe à la vie culturelle. Un lieu patrimonial accueille la création. La ville elle-même devient le support du parcours.

Le visiteur ne se déplace pas d'une exposition à une autre. Il traverse un territoire. En traversant ce territoire pour aller vers l'art, il peut aussi découvrir autrement les lieux.

Le mouvement fonctionne dans les deux sens.

Celui qui vient pour l'art découvre un commerce, une entreprise, un quartier, un lieu patrimonial.

Un artiste venu d'ailleurs découvre Malmedy. Un Malmédien fais la connaissance d’un artiste venu d'ailleurs.

L'art devient alors un moyen de faire circuler les regards, les énergies.

 

Ce que la recherche observe aujourd'hui

Cette matière de faire rejoint des questions qui intéressent aujourd'hui la recherche universitaire sur les territoires.

Une étude publiée par Natalia Bobadilla, Marie Göransson et François Pichault, avec notamment la participation de chercheurs liés à l'Université de Liège (ULiège) et à l'Université libre de Bruxelles (ULB), analyse les conditions dans lesquelles des interventions artistiques peuvent contribuer au renouvellement urbain.

Les chercheurs s'intéressent notamment à la capacité de ces projets à mobiliser différents acteurs — artistes, pouvoirs publics, citoyens et autres parties prenantes — et à créer des connexions entre des mondes qui ne se rencontreraient pas nécessairement autrement.

Leurs recherches montrent que lorsque ce travail de mise en relation est porté de manière cohérente dans le temps, les interventions artistiques peuvent avoir un impact important sur la régénération urbaine.

Il ne s'agit évidemment pas de prétendre que l'AAMA constitue à elle seule une démonstration scientifique de cette théorie. Cependant, ce qu'elle organise offre une illustration concrète de certains des mécanismes étudiés.

Car l'AAMA met en relation :

  • Des artistes et les artisans.
  • Des artistes de Malmedy et ceux venus d'ailleurs.
  • Des habitants et les créateurs.
  • Des commerces et l'art.
  • Des entreprises et les artistes.
  • Le patrimoine et la création.
  • Les visiteurs et les lieux de la ville.

L'art ne se contente donc plus d'être présenté. Il devient un vecteur de relations.

 

Quand la culture participe à la dynamique d'un territoire

Cette question dépasse d'ailleurs largement le domaine artistique.

Les recherches consacrées aux industries culturelles et créatives montrent que la culture peut contribuer à l'identité, à l'attractivité et au redéploiement économique des territoires. L'ULiège souligne notamment le caractère de plus en plus hybride de ces activités et leur capacité à créer des ponts avec d'autres secteurs de l'économie.

Des travaux menés à l'ULiège ont également étudié la manière dont la culture peut être intégrée à une stratégie de redéploiement économique dans une ville touchée par la désindustrialisation, avec Liège comme terrain d'études.

Cela ne signifie évidemment pas que l'art constitue une recette économique. Une ville ne devient pas prospère simplement parce qu'elle organise des manifestations culturelles.

La relation est plus complexe. La création peut contribuer à faire naître des rencontres, des collaborations, de nouvelles fréquentations, de nouvelles manières de regarder un territoire et parfois de nouvelles activités.

Elle peut participer à une dynamique de renouvellement.

Cette capacité de renouvellement est particulièrement importante lorsqu'un territoire traverse une période difficile.

 

Une ville florissante est aussi une ville qui sait se renouveler

Une ville ne se construit jamais une fois pour toutes. Elle évolue et connaît des périodes de prospérité, des difficultés, des transformations économiques, des changements sociaux.

Lorsqu'une crise survient, la question n'est pas seulement de savoir comment revenir à la situation précédente.

Il faut parfois imaginer ce qui vient après.

C'est là que la création artistique possède une force particulière.

Une œuvre naît de quelque chose qui existe déjà — une matière, une histoire, un territoire, une émotion — mais elle le transforme.

Pourquoi une ville ne pourrait-elle pas, elle aussi, transformer ce qu'elle possède pour créer de nouvelles possibilités ?

Elle dispose d'un patrimoine, de commerces, d'entreprises, d'artisans, d'artistes, d'habitants, d'associations, de savoirs-faires, savoirs-êtres.

Et lorsque ces éléments se rencontrent, de nouvelles choses peuvent apparaître.

Le renouvellement d'un territoire ne consiste donc pas nécessairement à effacer son passé. Il consiste également à transformer son héritage en capacité d'avenir.

 

La maturité comme capacité d'ouverture

C'est ici que la notion de maturité prend tout son sens.

Une ville mature n'est peut-être pas celle qui possède déjà toutes les réponses.

C'est celle qui sait reconnaître qu'elle n'a pas toutes les réponses et qui accepte, pour cette raison, de regarder ailleurs, s'appuyer sur ses forces locales tout en laissant entrer de nouvelles influences.

Cette attitude demande une certaine confiance.

Il faut être suffisamment attaché à son territoire pour ne pas craindre la rencontre avec l'extérieur.

Et peut-être est-ce précisément ce qui donne à l'ouverture sa valeur.

L'ouverture n'est pas nécessairement une faiblesse de l'identité. Elle est plutôt le signe que cette identité est suffisamment solide pour évoluer.

 

« Malmedy et d'ailleurs »

Ces trois mots méritent d'être regardés attentivement : Malmedy et d'ailleurs.

L'ailleurs n'est pas présenté comme une exception puisqu’il fait partie du nom même de l'association.

C'est une déclaration d'intention !

Cela signifie que l'art local peut dialoguer avec d'autres territoires, secteurs, que les artistes malmédiens peuvent rencontrer d'autres artistes, que les artisans peuvent côtoyer d'autres savoirs-faires, êtres, que le public peut découvrir d'autres sensibilités.

Et que Malmedy peut, elle aussi, être regardée par ceux qui viennent d'ailleurs.

L'identité locale n'est alors plus conçue comme une enceinte.

Elle devient un lieu d'échange.

Un territoire ouvert.

 

L'élégance d'une ville ouverte

Il y a enfin une dimension que les chiffres et les études ne peuvent pas entièrement mesurer.

L'élégance.

Car l'art ne réside pas seulement dans la création d'une œuvre. Il existe aussi dans la qualité de l’accueil.

L’élégance est également une manière de regarder, de faire place.

Dans l'art comme dans une ville, elle peut-être cette capacité à affirmer ce que l'on est sans avoir besoin de fermer la porte à ce qui vient d'ailleurs.

Une ville élégante n'est pas nécessairement une ville spectaculaire.

Et, cette élégance-là, n'est pas superficielle. Elle est une véritable force de renouvellement.

 

Une année où les mots prennent un autre sens

En 2026, cette réflexion prend une résonance toute particulière.

Malmedy et toute la région des Hautes Fagnes traversent aujourd'hui une épreuve d'une gravité exceptionnelle. La population est en deuil.

L'incendie qui ravage ses Fagnes, ses Hautes-Fagnes, sa nature exceptionnelle et chérie par toutes et tous de la région, a déjà touché près de 4.000 hectares à l’heure où j’écris cet article. Des habitants ont dû être évacués et les conséquences écologiques, humaines et territoriales de cette catastrophe seront longues à mesurer.

Derrière les hectares brûlés, il y a :

  • Un territoire unique au monde.
  • Des paysages à couper le souffle.
  • Des animaux dont certains devenus rares.
  • Une flore d’exception.
  • Des milieux naturels.
  • Des activités respectueuses.
  • Des entreprises.
  • Des emplois.
  • Des usages.
  • Des souvenirs.
  • Et surtout, des femmes et des hommes.

Des personnes qui doivent aujourd'hui faire face, protéger, aider, travailler, décider, s'adapter.

Certaines devront reconstruire. D'autres devront réinventer leurs activités. D'autres encore devront simplement trouver la force de continuer.

Le drame est écologique, humain, économique et social. Et ses conséquences perdureront certainement pendant longtemps.

Dans un tel contexte, la question du renouvellement de la région devient une nécessité.

 

Reconstruire signifie aller de l’avant.

Après une catastrophe, on parle naturellement de reconstruction.

Reconstruire ne signifie pas nécessairement remettre exactement les choses comme elles étaient.

  • Certains équilibres ne reviendront pas immédiatement voire jamais.
  • Certains paysages changeront.
  • Certaines activités devront évoluer.
  • Certaines habitudes devront être repensées.

Il faudra réparer, protéger, restaurer.

Mis il faudra aussi imaginer. Et c'est là que la création artistique peut prendre une signification particulière.

L'art ne réparera pas les hectares de Fagnes disparus. Il ne reconstruira pas à lui seul les activités économiques touchées et ne fera pas disparaître la douleur.

Il peut rappeler une chose essentielle : un territoire meurtri reste vivant si il le décide.

Créer malgré l'épreuve est une manière d'affirmer que l'avenir existe encore.

 

Octobre 2026 : un hymne à la vie

C'est dans ce contexte que le parcours artistique d'octobre 2026 organisé par l'AAMA prend une résonance particulière.

Cette année, il sera regardé davantage qu'un rendez-vous culturel. Il sera un hymne à la vie, à l’espoir, au renouveau.

Et aussi une manière d'honorer toutes celles et ceux qui, dans ces circonstances douloureuses, continuent à lutter, protéger, aider, travailler, reconstruire, créer.

Il y a aussi celles et ceux qui, simplement, continuent à avancer.

L'art ne nie pas la douleur. Il ne prétend pas que tout va bien. Il fait autre chose.

Il affirme la possibilité de créer encore.

Et créer lorsque tout semble fragilisé est un acte d'espérance.

Ouvrir ses portes lorsque l'on pourrait se replier est un acte de confiance, d’espérance, d’amour à la vie.

Accueillir des artistes venus d'ailleurs lorsque l'on traverse soi-même une épreuve est une manière de dire que le monde continue de tourner.

Faire se rencontrer les habitants, les artistes, les artisans, les commerces, les entreprises et les visiteurs, c'est maintenir vivante cette capacité collective dont un territoire a besoin lorsqu'il doit se relever.

 

Une avant-garde qui s'inscrit dans la durée

L’ AAMA est-elle avant-gardiste ?

Le mot peut sembler ambitieux. Mais peut-être faut-il simplement redéfinir ce que l'on entend par avant-garde.

L'avant-garde n'est pas toujours ce qui arrive avant tout le monde. Elle peut aussi être ce qui, avec suffisamment de maturité, continue de défendre une idée avant que celle-ci ne devienne évidente pour tous.

Depuis 1985, l'AAMA fait vivre une conception ouverte du parcours artistique.

Elle ne réduit pas l'art à un lieu ni le territoire à ses frontières, ni l'identité locale à l'entre-soi. Elle fait circuler, met en relation, accueille, crée les conditions de rencontre.

Et cette manière de faire rejoint aujourd'hui des questions étudiées par la recherche : comment l'art peut-il contribuer au renouvellement des territoires ? Comment créer des connexions entre des acteurs différents ? Comment les activités culturelles et créatives peuvent-elles participer à l'attractivité et au redéploiement économique d'un territoire ?

L'AAMA n'a évidemment pas attendu ces recherches pour agir. C'est précisément ce qui rend son histoire intéressante.

 

« Malmedy et d'ailleurs »

Cette année, lorsque les artistes et artisans investiront les différents lieux de Malmedy, le public viendra voir des œuvres sélectionnées avec soin.

Mais pas seulement.

Il pourra aussi observer quelque chose de plus vaste : une manière de faire vivre une ville, de faire circuler la création.

Une manière de réunir ce qui, habituellement, reste séparé.

Une manière d'accueillir l'ailleurs sans renoncer à soi-même.

Après quarante-deux années d'existence, l'AAMA n'est plus dans l'expérimentation d'un modèle.

Elle a construit une expérience, l’a éprouvée, fait évoluer et, elle continue à la faire vivre.

Finalement, la maturité culturelle d'un territoire est peut-être savoir qui l'on est pour ne pas avoir peur de ce qui vient d'ailleurs.

Est-ce cela l'avant-garde ? Non pas courir après la nouveauté, mais continuer à ouvrir les portes lorsque le monde aurait parfois tendance à les fermer.

Continuer à créer lorsque l'avenir semble incertain.

Continuer à faire confiance à la rencontre.

En octobre 2026, le parcours d'artistes de l'AAMA pourra ainsi prendre une signification particulière. Il offrira un moment où l'on se rassemble pour regarder, découvrir, créer et espérer.

Un moment où l'art rappelle que, même après l'épreuve, la vie continue de chercher des formes nouvelles.

Et peut-être est-ce là, finalement, la plus belle définition d'une ville mature : une ville qui sait préserver ce qu'elle aime, accueillir ce qu'elle ne connaît pas encore et créer, malgré tout, ce qui viendra demain.

 

Pour passer vivre ce parcours les 10 et 11 octobre 2026, sachez que 267 chambres d’hôtes et quelques hôtels à Malmedy vous logeront.

 

Pour contacter l’ AAMA :

Secrétaire : Emilie Gentgens

Président : David Noël

Email : association.aama.4960@gmail.com

Artistes et Artisans de Malmedy et d'Ailleurs | Facebook

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