À Londres, le World Agri-Tech Summit réunira pendant deux jours les acteurs qui imaginent l’agriculture de demain. La Wallonie y mettra en avant un écosystème particulièrement dynamique dans les biosolutions. Biocontrôle, biostimulants, chimie verte ou mesure de la biodiversité : cinq entreprises wallonnes viendront présenter des innovations qui conjuguent performance agricole et transition environnementale.
Avec 44 % de son territoire consacré à l’agriculture, la Wallonie dispose d’un terrain privilégié pour développer et tester de nouvelles solutions agricoles. Mais son principal atout réside dans la concentration, sur un territoire relativement compact, d’entreprises innovantes, de centres de recherche, d’universités et de compétences spécialisées dans les sciences du vivant, l’agriculture et l’alimentation.
Cet écosystème s’inscrit dans un contexte où l’agriculture doit répondre simultanément à plusieurs défis : maintenir les rendements, mieux protéger les cultures, préserver les sols et la biodiversité et réduire sa dépendance à certains intrants conventionnels. Les biosolutions offrent précisément de nouvelles pistes pour concilier ces impératifs.
Derrière ce terme se trouvent plusieurs familles de solutions. Le biocontrôle utilise des mécanismes ou substances d’origine naturelle pour protéger les cultures contre les maladies, les ravageurs ou les adventices. Les biostimulants agissent davantage sur la croissance et la résistance des plantes, notamment face aux stress climatiques. Quant aux biofertilisants, ils contribuent à améliorer la nutrition des cultures et la fertilité des sols.
Une dynamique qui dépasse les frontières wallonnes
La Wallonie joue également un rôle moteur à l’échelle européenne. Depuis juin 2025, le pôle de compétitivité Wagralim coordonne le partenariat européen « Biosolutions for Sustainable Agriculture », qui rassemble dix pôles d’innovation issus de sept pays de l’Union européenne.
Cette initiative vise à accélérer le développement du biocontrôle, des biostimulants et des biofertilisants en favorisant les collaborations entre régions européennes. Elle adopte également une approche « One Health », qui considère conjointement la santé des plantes, des animaux, des écosystèmes et des êtres humains.
Cinq entreprises, cinq approches complémentaires
Au World Agri-Tech Summit de Londres, cette diversité sera incarnée notamment par cinq entreprises wallonnes.
APEO, spin-off de Gembloux Agro-Bio Tech, transforme dix années de recherche sur les huiles essentielles en herbicides biologiques naturels et brevetés. L’entreprise développe des alternatives au glyphosate et maîtrise toute la chaîne, de l’identification des substances jusqu’aux essais de terrain et aux démarches réglementaires nécessaires à leur commercialisation.
BiocSol, issue de l’UCLouvain, s’attaque pour sa part aux maladies des cultures. Sa technologie utilise des substances naturelles produites par des micro-organismes bénéfiques, sans que ceux-ci soient présents dans le produit final. Son portefeuille cible notamment le mildiou et l’alternariose de la pomme de terre ainsi que le mildiou de la vigne, avec l’ambition de proposer une protection efficace, stable et sans résidus.
Avec Fyteko, c’est la résistance des cultures au stress climatique qui est au cœur de l’innovation. L’entreprise développe des biomolécules biosourcées et brevetées qui permettent notamment aux plantes de mieux faire face à des conditions difficiles. Sa technologie a déjà fait l’objet de plus de 800 essais en conditions réelles et ses solutions ont été appliquées sur plus de 500.000 hectares en 2024-2025.
Minagro intervient à un autre niveau de la chaîne. Spécialisée en chimie verte, l’entreprise développe des co-formulants biosourcés – conservateurs, adjuvants et solvants – destinés notamment aux fabricants de produits agricoles. À partir de matières premières renouvelables comme la bagasse de canne à sucre ou les huiles essentielles, elle aide l’industrie à améliorer ses formulations tout en réduisant leur empreinte environnementale.
Enfin, BeeOdiversity apporte une dimension complémentaire : la mesure de la biodiversité et sa traduction en décisions opérationnelles. L’entreprise fournit aux organisations des données sur l’état du vivant à l’échelle de leurs sites et territoires, puis les accompagne pour réduire leurs risques et renforcer leur résilience. Forte de plus de dix ans d’expérience, elle suit quelque 175.000 hectares par an dans plus de 30 pays.
De la molécule au champ, et de la protection des cultures à la biodiversité, ces cinq entreprises illustrent ainsi la diversité des compétences développées en Wallonie. À Londres, elles viennent avec une même ambition : nouer des partenariats pour faire des biosolutions non seulement une réponse environnementale, mais aussi un levier de performance et de compétitivité pour l’agriculture de demain.
Deux centres de recherche
Elles seront également accompagnées par deux centres de recherches : Multitel et l’ULiège.
Fondé en 1995 par la Faculté Polytechnique de l’Université de Mons, Multitel est un centre de recherche et d’innovation qui accompagne les entreprises dans la conception et l’intégration de technologies avancées. Son équipe multidisciplinaire, composée d’une centaine d’experts, développe des compétences dans les domaines de l’Internet des objets (IoT) et des systèmes embarqués, des réseaux et de la cybersécurité, de la photonique appliquée, de l’intelligence artificielle et de la certification ferroviaire. Multitel soutient l’innovation à travers des études de faisabilité, le développement de prototypes, le transfert de technologies et la formation, tout en participant activement à des projets de recherche et développement aux niveaux régional et européen.
L’ULiège est une université publique, ouverte sur le monde, fondée sur trois piliers : enseignement, recherche et service à la société. Sur 4 campus et au sein de 11 Facultés, nous rassemblons une communauté multiculturelle de 29.438 étudiants et doctorants, soutenue par 5.988 collaboratrices et collaborateurs. Notre offre comprend 243 masters et une formation continue étendue, en lien étroit avec de nombreux partenaires. Nous faisons progresser le savoir et l’innovation avec une capacité de recherche significative et un budget annuel d’environ 571 M€, au service de l’impact.
Isabelle Anneet (AWEX)



