La Wallonie arrête la bactérie tueuse des oliviers sans pesticide19/04/2016

En réponse à un appel à projets européen, l'université de Gembloux a testé une enzyme extraite du lait par TARADON pour stopper le développement de la Xylella Fastidiosa et les premiers résultats sont positifs! On entrevoit des perspectives de développement, d'exportations et de créations d'emplois.

 

La Xylella Fastidiosa est une bactérie transmise aux végétaux par un insecte piqueur. Elle s'est tout d'abord attaquée aux vignobles californiens qu'elle été fortement endommagé. Malgré l'argent dépensé (20 millions de dollars par an pendant 10 ans), l'épandage d'insecticides et le remplacement des plants par des OGM résistants, la bactérie n'a pu être éradiquée. Elle a désormais gagné une bonne partie du monde dont l'Europe, notamment via l'Italie du sud qui a vu ses oliviers dépérir dès 2013. Le gouvernement italien a d'abord envisagé d'arracher des milliers d'oliviers, ce qui aurait provoqué la perte de l'outil de travail de dizaines de milliers de personnes dans la région de Lecce: les mouvements sociaux ne se sont pas faits attendre, entre manifestations et autoroutes fermées. La Corse et la Côte d'Azur sont désormais touchées... sans compter que les sous-espèces de la bactérie sont aussi dangereuses pour les mûriers, amandiers, pruniers, pêchers, chênes: en tout, plus de 350 espèces végétales sont menacées.

 

En réaction, la Commission Européenne a pris une mesure d'urgence en lançant un appel à projet, convaincue que nos ressources scientifiques doivent permettre d'enrayer le problème par le biais d'une solution alternative puisque les méthodes classiques ont échoué jusqu'à présent. C'est dans ce cadre que le consortium Lubixyl (Lutte Biologique contre Xylella Fastidiosa), qui propose une méthode chimique douce, a décidé de répondre le 17 février. Lubixyl réunit des universités et des laboratoires allant du Brésil à l'Iran, en passant par l'Europe et le bassin méditerranéen. L'université de Gembloux en fait partie ainsi que TARADON, qui travaille notamment sur la peroxydase: une enzyme présente dans la salive, le lait et d'autres sécrétions, qui possède des propriétés anti-microbiennes déjà appliquées au niveau des soins bucco-dentaires, du traitement de problèmes intestinaux chez les animaux ou pour la décontamination du lait. Elle permet également de traiter certaines pathologies végétales comme le mildiou de la vigne ou de la pomme de terre, responsable de la famine irlandaise du XIXème siècle.

 

L'université de Gembloux, soutenue par la Wallonie, a réalisé des tests in vitro sur des cellules souches de la Xylella Fastidiosa et les résultats sont positifs! L'enzyme permet effectivement d'inhiber le développement de la bactérie. Mais sortir des laboratoires coûte cher et d'autres tests sont nécessaire avant d'en arriver aux traitements en champs. Il faudra notamment vérifier la non toxicité pour le splantes cultivées et définir le dosage minimum efficace ainsi que la période d'application idéale. Il serait également intéressant de pouvoir déterminer de la possibilité de l'utiliser de manière préventive plutôt que curative, ce qui permettrait d'obtenir une homologation plus rapide et d'envisager un marché plus important puisque les plants devraient probablement être traités plus de dix fois par saison. C'est dans ce but que Lubixyl a répondu à l'appel à projets européen: la commission attribuera 7 millions d'€ qui permettront de poursuivre les recherches au meilleur des cinq projets en lutte. "Les critères déterminants seront probablement le potentiel de réussite, la dimension écologique et le nombre de pays européens dans le consortium. Lubixyl part donc avec une longueur d'avance avec ces premiers résultats positifs, d'autant plus que ce sont les seuls à proposer une solution sans pesticide et que plusieurs pays d'Europe en font partie", nous explique Pierre Heymans, l'expert agroalimentaire de l'AWEX.

 

Au niveau de la production, TARADON laboratory sprl, situé à Tubize, a l'expérience nécessaire pour extraire cette enzyme présente dans le lait (lactoperoxydase) à raison de 35 à 50mg par litre. "L'extraction de l'enzyme n'altère en rien la qualité du lait puisque celle-ci a lieu avant la pasteurisation qui l'aurait de toutes manières éliminée", précise Jean-Paul Perraudin, président de TARADON. "Nous travaillons avec plusieurs laiteries et nous envisageons, avec IDETA, d'implanter une unité de production industrielle à Ghislenghien, soutenus par la DGO6. Ce procédé devrait rapidement remplacer le chlore dans les salades de quatrième gamme, en France. Bonduelle est également intéressé et nous attendons l'homologation aux États-Unis qui devrait nous permettre de pénétrer le marché de la décontamination des fromages, des yaourts ou encore de la mozzarella. Les perspectives de développement sont mondiales!".

 

Jean-Paul Perraudin nous rappelle encore que le lait était considéré comme un remède naturel, avant que la tuberculose ne nous oblige à systématiser la pasteurisation. L'avenir nous dira si un retour en arrière maîtrisé pourrait être une alternative efficace et écologique aux pesticides qui empoisonnent notre planète sans résoudre les problèmes...

 

Mathieu Cavillot

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