• Jacques Neve : Horloger d'Art
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Nos Artisans sont formidables : Jacques Nève, horloger d'Art24/02/2017

Nos artisans : Un Savoir Faire insoupçonné ! Jacques Neve Mars 2017

Depuis quelques années, je me suis pris de passion pour les beaux gestes et les gestes rares. C'est que nos régions regorgent de talents insoupçonnés et parfois de réputation mondiale. Ils sont là, discrètement installés dans leurs ateliers : nos artisans d'Art font des merveilles qui n'échappent pas aux spécialistes. Mon but est de les recenser. Ce travail photographique à la base donne lieu à un site internet entièrement consacré au travail manuel d'exception.

Mon dernier article en date présente Jacques Neve, Horloger d'Art. Retrouvez l'article complet et les compléments d'images sur mon site www.lesmiroirsdelombre.com 

Patrice Niset - mai 2017.

 

Pénétrer l'univers de Jacques Nève, c'est à la fois faire un bond dans le passé et par ailleurs, découvrir des objets d'une modernité incroyable. C'est que le génie des horlogers du 18ème & 19ème siècles n'a rien à envier aux productions les plus modernes, bien au contraire. Sous sa triple casquette, Jacques Nève se définit comme un Horloger d'Art : il est restaurateur, antiquaire et expert en horlogerie ancienne. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'accéder à son atelier et son univers est un privilège, celui de découvrir des objets totalement hors du commun, insoupçonnables même. C'est en Australie que Jacques Nève, horloger d'Art pose les bases de ce qui va devenir son métier et sa grande spécialité. Passionné de mécanique et d'objets anciens, la synthèse de ces deux mondes se trouve dans l'horlogerie d'Art pour laquelle il se passionne depuis 25 ans.

Pendule Mystérieuse : Robert-Houdin

Restauration : Jacques Nève,  tous droits réservés

LMdO : Dans l'atelier, j'ai repéré votre collection de répliques de Citroën DS au 1/8ème. Vous semblez aimer la belle mécanique ?
Jacques Nève : J'ai la passion des DS et des motos anglaises, ça c'est pour ce qui roule. C'est une autre approche de la mécanique, comme a pu l'être le monde des montres dont je me suis éloigné depuis. La pendule est un peu la synthèse de tous ces univers, c'est celui dans lequel je m'épanouis le mieux, celui que je trouve à ma taille. La mécanique moderne est un peu trop facile à mon goût, je préfère m'attaquer à des systèmes plus anciens où les pièces doivent être entièrement refaites à la main le cas échéant. Le challenge est plus important et puis surtout la variété des pièces que je suis amené à croiser est d'une richesse incroyable. Les horloges d'Art sont rares et ont été produites parfois à très peu d'exemplaires. En découvrir, c'est un privilège.

LMdO : Comment part-on à la traque d'objets bicentenaires aussi rares ?
JN : Le microcosme de l'horlogerie d'Art étant ce qu'il est, nous avons nos sources et nos sources nous connaissent. La poignée de spécialistes européens dont je fais partie a ses domaines de prédilection mais bien sûr la concurrence est rude. Paradoxalement, internet est la meilleure et la pire des choses. La meilleure parce que cela nous permet de brasser beaucoup de pistes sans bouger de chez soi mais la pire parce que je ne suis bien sûr pas le seul à m'en servir. L'époque où l'on pouvait se targuer d'être seul à repérer une pièce rare et à vouloir l'acquérir s'éloigne. Pour moi, ça devient compliqué car si une pièce a été proposée à des confrères pour faire jouer la concurrence, je m'en désintéresse presque immédiatement.

LMdO : Avez-vous des coups de coeur ?
JN : Il faut rester cartésien. C'est une activité commerciale avant tout mais ma philosophie évolue tous les jours. Certaines pièces que j'achetais il y a 10 ans ne m'intéressent plus. Ophélie par exemple (ndlr : le prénom donné à la pendule mystérieuse en restauration lors de ma visite) fait partie des choses les plus belles dont un horloger d'Art puisse rêver. Je me trouvais à Londres dans une salle de ventes, et c'est ma fille, au hasard d'une allée, qui a trouvé cette pendule mystérieuse incroyable. J'ai ausculté la pièce en détail, émerveillé par le génie de mécanique horlogère logé dans cette pièce totalement unique. Je ne connais qu'une seule autre statue de cette taille et aussi belle, qui soit dotée d'une horloge. Elle ne lui ressemble d'ailleurs pas et doit se trouver au Royaume-Uni. Ce véritable coup de cœur n'a été possible que parce que le prix était raisonnable et que mon expertise en restauration allait pouvoir faire la différence. J'ai travaillé de nombreuses semaines dessus et il va falloir vraiment y mettre le prix pour m'en consoler si on veut m'en séparer. Ce sont des pièces que l'on ne voit passer qu'une fois dans sa vie.

LMdO : Toutes ces belles mécaniques ne vous ont jamais donné envie de passer de l'autre côté du miroir et de créer votre propre mouvement?
JN : On pourrait le croire tant il devient compliqué pour moi de trouver des pendules qui parviennent encore à m'étonner.  Les pendules mystérieuses sont de véritables témoins du génie humain, en la personne d'Eugène Robert-Houdin par exemple. Mais non, ma passion c'est vraiment la restauration, je laisse la création à d'autres dont c'est le choix. Les mécaniques les plus folles sont encore possible de nos jours. Buchanan's en Australie est un bon exemple. C'est une petite firme d’ingénierie qui a conçu et est entrain de créer un mécanisme d'horloge astronomique d'une complexité incroyable : ce sont des dizaines d'années d'efforts et de travail. C'est un peu la particularité de notre profession : seuls les mécanismes très haut de gamme présentent de l'intérêt auprès des spécialistes.

Jacques Nève nous parle de de la J Pratt qu'il a affectueusement rebaptisée "Ophélie", le temps du passage de la pendule en atelier de restauration.

" Pendule mystérieuse en régule, de grande taille, à torsion, signée J. Pratt, Comptoir General, Paris. Circa 1890. Grand « mouvement de Paris » muni d’un échappement à demi-rouleaux de type Brocot à palettes de taille exceptionnelle en interaction avec une roue d’échappement à 9 dents ( !). L’alternance se fait par l’intermédiaire d’une tige à l’intérieur du longeron de support maintenu par la statue. La sphère oscille sur elle-même de gauche à droite d’environ 30°, suspendue par deux fines et longues lamelles de ressort. Sonnerie des heures et demies sur une grande cloche argentée, actionnée par une roue de compte. Autonomie 8 jours. Ladite sphère est creuse et en laiton peint noir, elle contient le mouvement d’horlogerie. Le cadran est fait de 12 chiffres romains et d’une étoile centrale en laiton ciselé doré, appliqués par-dessus. Deux très fines aiguilles en laiton ciselé doré, avec deux demi-lunes. Le support est constitué d’une représentation en régule à deux patines d’une statue de femme drapée inspirée des célèbres modèles de la Renaissance italienne, dont le contrapposto apporte mouvement et légèreté à l’ensemble. Elle soutient d’un air gracieux la longue tige avec ses décorations et accessoires, qui se termine par une sphère indiquant l’heure et une pointe en bas. Cette dernière accentue l’impression de mystère émanant de la sphère et de son mouvement sur elle-même et non de gauche à droite. Le bras de la jeune femme reste immobile et, pourtant, la sphère poursuit son mouvement ! Les pendules mystérieuses, véritables tours de force, pleines d’ingéniosité ont toujours dissimulé leur fonctionnement, comme nous le démontre ici le contraste entre l’attitude en mouvement de la statue et la précision horlogère de la sphère."

 

Article complet et illustrations sur www.lesmiroirsdelombre.com

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Jacques Neve : Horloger d'Art